Le documentaire de la semaine : "Blackfish" de Gabriela Cowperthwaite
introduction
L'année 2013 est frappée de plein fouet par un documentaire choc intitulé Blackfish riche en émotions et en connaissances. L'orque, cet animal dont nous connaissons peu de choses devient le point central de l'attention pour le public. Gabriela Cowperthwaite n'en est pas à son premier coup d'essai à la réalisation d'un documentaire et accomplit un véritable tour de force pour ce dernier.
Le documentaire effectue un bond en arrière de plus de trente ans à travers les Etats-Unis et l'Espagne pour nous expliquer en détails comment et pourquoi la captivité de l'orque a vu le jour. Comment se fait-il que des dresseurs paient de leur vie la passion qui les animent ? S'agit-il d'accidents ou l'orque se comporte naturellement comme un animal agressif ? Quel rôle SeaWorld joue dans ces tristes affaires ?
Dès 1970, la cruauté envers ces animaux et les mensonges formulés au public font leur apparition. Le mythe macabre de "l'orque jouet" débute.
L'histoire se concentre sur un mammifère marin d'une extrême beauté atteignant huit mètres de longueur pour un poids moyen de cinq tonnes. Ces colosses des mers voient leur règne s'amenuiser dans les années 70 lorsque s'amorce la capture des jeunes orques destinés aux parcs d'attractions.
Gabriela Cowperthwaite pousse le spectateur à se faire sa propre opinion et retrace étape par étape la descente aux enfers de ces créatures. En focalisant son regard sur le cas d'un orque en particulier, la réalisatrice dévoile les fissures d'un système cruel.
La sincérité des personnes interviewées donne de la puissance à cette épopée vidéo-ludique. Les anciens dresseurs font part d'une honnêteté criarde sur leur vision des événements. C'est une passion totale vouée dès leur plus jeune âge à la profession qui a causé une naïveté aveuglante vis-à-vis du bien être de l'animal. Aujourd’hui, presque tous reconnaissent les traumatismes endurés par ces mammifères. La "pureté émotionnelle" caractérise parfaitement la multitude d'interviews de ces anciens employés.
L'apprentissage en terme de connaissance animalière jaillit de ce long-métrage grâce aux multiples interventions de divers scientifiques. Le regard critique de ces professionnels de la faune s'oppose à la vision capitaliste des directeurs de parcs d'attractions aquatiques. Ce film dénonce sans effort l'hypocrisie éblouissante des financiers. Avec un certain cynisme, Blackfish ne manque pas de ne nous le rappeler via des spots publicitaires "SeaWorld" absurdes et hallucinés datant de ces trois dernières décennies.
La triste vérité éclore tout au long de cette œuvre. Le décès - espacé de 10 ans - entre Keltie Byrne et Dawn Brancheau dû à l'attaque d'un seul et unique orque "Tilikum" pouvait-il être évité? Est-ce la véritable nature de Tilikum? Ou bien ses conditions de vie l'ont-il transformé en "monstre"? Faites-vous votre propre jugement.
La protection des dresseurs s'améliore en 2012 grâce à l'OSHA (Occupational Safety & Health Administration) mais pourtant le bien être de ces animaux - parcourant des centaines de kilomètres par jour lorsqu'ils sont dans leur milieu naturel - reste au point mort.
"Laissons à la nature ce qui lui appartient" est sans doute le message central de Blackfish. Un message rempli d'espoir et de force que l'artiste nous envoie avec brio.
Mathieu Dogimont







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