" Synthèse d’une œuvre très diverse qui, au gré de ses éparpillements, s’est trouvé des obsessions : l’exploration d’une américanité populaire et suburban (Slacker, Dazed and Confused) ou parfois plus reculée (Bernie) mêlant la comédie à l’étude sociale ; mais aussi une poursuite bravache de l’écoulement du temps au-delà de l’échelle permise par le cinéma.
Bien sûr, la question centrale de la série des Before, c’est aussi celle de Boyhood, avec l’idée de faire bloc : douze ans de tournage chevillés au même jeune garçon (de 6 à 18 ans), pour un seul film de 2 h 45.(...) une certaine transcendance du vieillissement court dans le film : le regard profond d’Ellar Coltrane contemple avec un beau détachement les transformations de son propre corps, comme s’il se contenait toujours entièrement, de l’enfant à l’adulte, indifférent à l’état passager du temps (...)
A raison d’une poignée de séquences par an, le film de Linklater forme une suite d’instantanés plutôt qu’une continuité fluide : pas un film-fleuve mais un film-album photo, qui effeuillerait une enfance au gré des retrouvailles annuelles (...) toute la belle délicatesse de Boyhood tient dans l’humilité avec laquelle Linklater, malgré son dispositif inédit (...), ne cède jamais à la tentation de la grande scène (...) Il sinue dans l’enfance avec l’irrégularité hasardeuse de la mémoire : ici une rupture amoureuse, là un match de base-ball, là encore un catalogue de sous-vêtements féminins, etc.
Linklater, dans la tradition indé américaine, n’a jamais été tant le grand maître que l’oncle bienveillant, mauvais client pour les ambitions déplacées, qui se transforment toujours chez lui en petites choses tranquilles. Boyhood est à cette image : sans gloutonnerie, sympathique et serein."
Théo Ribeton