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"The Wrestler" de Darren Aronofsky

Introducton

Star du catch dans les années 80, Randy The Ram Robinson, n’est plus que l’ombre de lui-même. Brouillé avec sa fille, contraint de se produire dans de petits gymnases pour gagner de quoi survivre, il se voit proposer un combat qui lui permettrait de renouer avec son succès d’antan. Victime de problèmes cardiaques, ce combat pourrait bien être son dernier. Avouons le, ainsi exposé le scénario pourrait refroidir même les plus fervents admirateurs de la série des Rocky. Mais sous cette apparente banalité se cachent bien plus de richesses qu’il n’y paraît. Aux commandes de cette fable sportive, Darren Aronofsky. Surtout connu pour ses succès hautement esthétisants (de Pi à the Fountain en passant par Requiem for a dream), il délaisse ici le faste habituel de ses effets visuels et filme son héros caméra à l’épaule dans un style qui n’est pas sans rappeler le Rosetta des frères Dardenne.

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L’étrangeté première de cet opus vient du traitement bipolaire du film: un scénario – a priori – mélodramatique typiquement américain et une construction narrative et formelle directement influencée par tout un pan du cinéma européen (surtout britannique).
Mais le réel intérêt du film réside dans son acteur principal, l’inimitable Mickey Rourke. Beaucoup l’ont déjà écrit, the Wrestler est avant tout un sorte de biopic métaphorique sur l’acteur précité; star dans les années 80, il connaîtra un déclin brutal dans les années 90. Les références à la carrière de l’acteur/catcheur sont effectivement nombreuses (musicales même quand il affirmera que c’est Nirvana qui a sonné le glas du rock, début des années 90) et laisse à penser qu’au delà d’une « simple » histoire de rédemption, le film est surtout un hommage à l’acteur. A bien y regarder de plus près, c’est surtout un regard réaliste et cruel sur le monde du spectacle que pose Darren Aronofky en trouvant en Mickey Rourke l’image parfaite de l’écorché vif voué corps et âme à son art. Le réalisateur nous fait passer de l’autre côté du miroir, dans les vestiaires là où les combats sont répétés avant d’être « joués » devant le public admiratif. Mais il nous rappelle aussi que s’il s’agit d’un spectacle, les blessures, physiques ou morales, sont bien réelles. A l’instar du cinéma où le spectateur adhère tacitement au contrat par lequel il accepte l’illusion de la fiction (ce que Coleridge appelle le contrat narratif), le catch relève de la même complicité entre les acteurs/sportifs et le public.

Revenant ponctuellement à une approche plus symbolique inhérente à son cinéma, Aronofksy expose son acteur tel un Christ agonisant avant la résurrection. Car l’acteur supplicié sur l’autel du divertissement ne vit qu’à travers les yeux des spectateurs, tout comme une œuvre d’art ne trouve de valeur qu’au travers l’attention qu’on lui porte.

Si les clichés sont nombreux (la prostituée mère de famille, la fille abandonnée par son père,…), le cinéaste ne fait que les effleurer (on l’imagine avec un petit sourire narquois) pour se recentrer constamment sur son sujet, son acteur symbolique. Il cristallise ainsi une évidence trop peu exposée par pudeur ou simple dénis inconscient: le cinéma n’est que stéréotypes (principalement scénaristiques j’entends) comme l’est la réalité qu’elle met en scène et seule n’a de sens que l’interprétation personnelle de tout un chacun. Le fond rejoint la forme et sa caméra subjective et indiscrète des premiers plans trouve toute sa pertinence.

The Wrestler est une œuvre intimement liée à son public. A l’instar d’une religion, il n’existe qu’au travers de la foi qu’on lui porte et dévoile avec force et humilité les joies et les faiblesses de ce qu’il représente.

Michaël Avenia (La Médiathèque)

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