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"Les Trois singes" de Nuri Bilge Ceylan

Introducton

Encensé par la critique et récompensé par de nombreux prix, dont celui de la mise en scène au festival de Cannes en 2008, « Les Trois singes » confirme tout le talent du cinéaste turc Nuri Bigle Ceylan. Esthétiquement somptueux, son cinquième long-métrage analyse de manière sombre et profonde la trajectoire d’une famille à la dérive.

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La fatigue se lit sur le visage d’un automobiliste alangui sur son siège. Après avoir épousé les virages de la route de campagne, sa voiture se fond dans l’obscurité ambiante. Le calme de la nuit est soudain déchiré par des crissements de pneus… A l’accident qu’il vient de commettre, Servet, politicien véreux, réagit par la panique et la fuite. Derrière lui, le tonnerre gronde et les gouttes de pluie viennent s’abattre sur la route où gît un corps sans vie… Pour sauver sa carrière politique, il demande à Eyüp, son chauffeur, d’endosser la responsabilité de l’accident contre une forte somme d’argent.

Le point de départ des « Trois singes » fait écho à une œuvre cinématographique chère à Nuri Bilge Ceylan : « Le Père » de Yizmal Güney. Figure de proue du cinéma turc dans les années ’80 et modèle pour toute une génération de cinéastes, Güney développe dans son film le récit d’un homme qui protège son fils, coupable d’un meurtre, en achetant l’innocence de l’un de ses employés. Un hommage de Ceylan au cinéma et à la Turquie qui se prolonge dans les thèmes empruntés au genre du mélodrame, largement prisé dans le pays.

Durant l’emprisonnement d’Eyüp, sa femme, Hacer, va tenter de répondre au mal-être de leur fils Ismail. Entre mensonge et trahison, silence et solitude, leur univers va imperceptiblement s’ébrécher. Le drame familial est saisi avec extrêmement de justesse et de subtilité par Nuri Bilge Ceylan. Derrière l’économie des plans et la sobriété de la mise en scène, se dégage une puissance de l’image, notamment dans le mélange chromatique, créant nuances et contrastes singuliers. On découvre les plans sublimes d’une mer grise et d’un ciel voilé – métaphore des relations familiales – avec cette présence humaine et douloureuse qui contamine l’écran dans l’utilisation presqu’exclusive des gros-plans, voire des très gros-plans, véritable miroir de l’âme tourmenté des personnages. Comme l’expression d’une mère qui, après avoir trouvé du sang sur le sol du salon, découvre son fils sur son lit, le visage tuméfié et les poings ensanglantés. Comme le regard triste et inquiet d’un père derrière les barreaux. Comme le visage inexpressif d’un fils désespéré. Un cinéma du geste et du regard – une recherche de l’authenticité dont seules ces deux dimensions, selon Ceylan, peuvent réellement rendre compte – qui se développe aussi dans l’attente et la suggestion. A l’instar des grands cinéastes de l’intime et de l’instant, c’est l’intériorité des personnages que Ceylan cherche à explorer et à restituer au spectateur. Rendre compte du désarroi, du malaise profond des trois protagonistes. Et si l’affrontement entre la mère et le fils ne constitue que les prémices d’une autre confrontation, pénible, entre un mari abusé et une femme sentimentalement perdue, aucun d’entre eux ne semble en sortir gagnant… Surtout lorsqu’on se rend compte que, derrière le drame de cette famille décomposée, se cache le fantôme d’un frère disparu pour Ismail – scène surréaliste où l’enfant apparaît et le temps s'altère – et d’un enfant perdu pour Hacer et Eyüp.

Au traitement ultra-stylisé de l’image répond celui d’une bande-son parfaitement maîtrisée. Elle renforce la tension dramatique, au profit, par exemple, d’une émotion mais aussi d’un humour acerbe (chanson d’amour en guise de sonnerie de GSM – qui reviendra comme une vieille rengaine, pour mieux juger les actes de chacun). D’autant plus qu’aucune bande originale n’accompagne le film. « Le bruit des trains » : le titre provisoire du film est éclairant. Ces wagons qui, inlassablement, défilent au pied de leur maison et y comblent le silence, tout comme le vent qui ne cesse d’y souffler, dehors et dedans…

« Ne pas voir le mal ; ne pas l’entendre ; ne pas en parler ». A la manière des trois singes, le trio familial reste muet (le fils), sourd (le père) et aveugle (la mère), rejetant une vérité toujours plus difficile à accepter. Ils finissent par se retrouver confrontés à eux-mêmes – Hacer devant son miroir, littéralement face à elle-même –, plongés dans un mutisme destructeur. Les regards portés vers le sol en disent long et la scène finale, visuellement époustouflante, ne présage rien de mieux qu’un orage à l’horizon.

Julien Possemiers pour UniversCiné

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  • joffreym au sujet de : Salaam Isfahan

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    Un dispositif inventif qui nous fait découvrir Isaphan par ses habitants.