La vrille du haricot magique
Introducton
J'aime « JCVD » même si une bonne moitié du film (presque tout ce qui se passe dans le bureau de poste braqué) m'ennuie assez profondément. Je reste cependant de bonne composition, considérant que ces scènes verdâtres et stagnantes sont le prix à payer (peut-être un peu cher, certes) pour que l'autre partie du film, celle qui me touche et m'intéresse (celle qui se passe déjà, juste de l'autre côté de la placette schaerbeekoise, dans le vidéo-club transformé en QG des forces de police, puis plus loin dans le temps et dans l'espace, dans une salle de tribunal de Hollywood et, enfin, à une autre échelle, dans le corps - y compris dans la tête - de Jean-Claude Van Damme) puisse fonctionner – voire même simplement exister à l'écran.
articles
C'est au bout de soixante-cinq minutes de film que survient la scène pour moi la plus marquante du film – et pas que « pour moi », évidemment : environ la moitié des articles et chroniques écrits sur « JCVD » mentionnent ce long monologue face caméra de Van Damme. Faisant explicitement allusion à ces célébrissimes interviews de l'homme-acteur où ce dernier perd de son assurance musculeuse pour laisser sa pensée partir en vrille, et dans un mouvement ascensionnel, tel le haricot magique du conte traditionnel, se retrouver les fleurs (la tête) dans les nuages (une certaine philosophie écartelée entre le bon sens, le court-circuit poétique et l'illumination étonnement productrice de sens) et les racines (les pieds) profondément plantés dans le sol (banalités, inepties terre-à-terre). Des interventions qui font le bonheur des bêtisiers, des sites Internet de partage de vidéos et qui, une demi-heure plus tôt dans « JCVD », dans une séquence d'une terrible lucidité / cruauté enfantine, font que la petite fille de l'acteur affirme au tribunal préférer aller vivre chez sa mère plutôt que chez son père («parce que chaque fois qu'il passe à la télé, mes amis se moquent de moi »).
La fameuse séquence commence aussi par un mouvement ascensionnel : l'acteur regarde vers le haut (vers Dieu ?) puis s'élève, comme en lévitation, mais surtout jusqu'à le faire sortir des subterfuges clairement mensongers de la fiction : sa tête se hisse au-dessus des murs coupés de ce bureau de poste en carton pâte et sans plafonds construit dans un entrepôt luxembourgeois désaffecté transformé en studio de cinéma pour se retrouver juste en dessous des rampes de spots du plateau. Et c'est parti pour sept minutes de monologue free style en plan-séquence, les yeux (de JCVD) dans les yeux (les nôtres), où s'entrechoquent souvenirs de vache maigre des débuts et de la déchéance physico-morale de la période soi-disant dorée. Plusieurs indices clarifient le fait que cette séquence déborde du film comme une hernie : en fond sonore, la radio diffuse exactement les mêmes inepties de Saint-Valentin lors de la montée en lévitation de Jean-Claude et lors de sa redescente. Entre les deux, se seront écoulées quatre cents vingt secondes… - ou zéro seconde ! Suivant la temporalité dans laquelle on se place : celle de la scène ou celle du reste du film, de l'intrigue.
Pour les détracteurs de cette séquence, celle-ci souligne trop lourdement des éléments déjà présents dans le reste du film. Surlignage fluo, peut-être mais pour rester dans les noms de marques, le Stabilo Boss © (cela aurait pu être son surnom de la période faste) s'est mué en Culbuto © vacillant. Et la séquence de poser plus de questions qu'elle n'apporte de réponses (« A moins que le parcours que tu me donnes est un parcours fait d'embûches où la réponse est avant la question ») : a-t-elle par exemple été improvisée ou écrite et apprise par cœur ? Sans doute un peu des deux – improvisée à partir d'une base écrite, j'imagine (?) – mais, surtout, qu'importe : dans tous les cas de figure, Van Damme en sort comme un grand acteur. Et Mabrouk El Mechri comme le réalisateur qui a trouvé, à la fois, le stratagème scénaristique et les mots d'encouragement sur le tournage pour que cet acteur se révèle avant tout à lui-même, première condition sine qua non de notre propre étonnement de spectateurs.
Philippe Delvosalle























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Un dispositif inventif qui nous fait découvrir Isaphan par ses habitants.