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Karin Ronda à propos de "Radio Schizo"

Introducton

Quelle est aujourd’hui l’image de la folie ? Le cliché du « fou » avec son entonnoir sur la tête n’a plus cours, mais le savez-vous ?

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Quelle est aujourd’hui l’image de la folie ? Le cliché du « fou » avec son entonnoir sur la tête n’a plus cours, mais le savez-vous ? La folie a été apprivoisée. Les fous sont dans la rue, dans la ville. Ils prennent le bus avec vous. La folie a pris le nom respectable de maladie. Elle est devenue psychose, elle est devenue schizophrénie. Elle possède désormais des critères diagnostiques et des traitements avec un code INAMI. Tout est rentré dans l’ordre ; elle est sous contrôle... Et pourtant, on n’en a pas fini avec elle… La folie a toujours existé, et ce n’est pas en la corsetant dans des camisoles chimiques que l’on va éluder les questions fondamentales qu’elle pose. La folie est le propre de l’homme, elle est une forme de liberté absolue, celle de la pensée qui refuse les cadres étriqués du rationalisme. Elle est une forme de courage, celui d’aller à contre-courant de la pensée unique. Elle est une forme de douleur suprême, celle d’être toujours incompris. Où est sa frontière, ténue et ambiguë ? Qui a le droit de la tracer et au nom de quoi ? La folie n’est-elle pas une manière d’être au monde aussi respectable que les autres ? Est-ce une dimension en plus ou une dimension en moins ? Une souffrance ou une jouissance ? Doit-on la guérir ? Pourquoi ?Je voulais vous présenter quelques « fous » d’aujourd’hui. Mais vous serez peut-être déçus : ils sont très « normaux ». Enfin, en apparence. Je voulais faire ce film « avec eux ». Voir notre monde à travers leurs yeux. Etre dans leur tête avec leurs pensées. Vivre dans notre société avec leurs difficultés. Suivre leur traitement avec leur espoir. Un film avec eux, et non pas « sur eux ». La nuance est d’importance. Je ne voulais surtout pas les observer de l’extérieur, avec un regard entre commisération et voyeurisme. Non seulement cette approche ne présentait pas, à mes yeux, un grand intérêt, mais surtout, elle risquait de les déstabiliser dans leur propre estime d’eux-mêmes, déjà si fragile. Ils connaissent bien leur maladie, en parlent sans tabous et avec une maturité étonnante. Avec d’autres, et quelques professionnels, ils ont fondé à Liège une association (Réflexions). Ils organisent des réunions mensuelles de thérapie de groupe, des formations, et quelques autres activités. Un des projets porteurs est une formation aux techniques de la radio, dans l’espoir d’arriver à émettre régulièrement leur propre émission sur les ondes d’une radio libre de la région. Le mot d’ordre, c’est, en quelque sorte, « mieux se connaître, pour mieux se faire comprendre des « normaux ». Evidemment, ils prennent des médicaments, « ces pilules qui vous permettent d’être fou en toute liberté ». Leur quotidien ressemble à celui de tant d’autres: ils vivent seuls ou chez leurs parents, font de la musique, jouent à des jeux informatiques, vont boire un verre en ville, s’offrent de temps en temps un ciné,… Mais, en élargissant un peu le regard, on découvre à quel point cette maladie, sous des dehors devenus anodins, dresse un mur infranchissable entre eux et ce qui fonde les valeurs de notre société. Parlons-leur par exemple d’études, de boulot, de filles, de bagnoles ou de clubs de sport…et leur regard se voilera. On touche là à leurs limites, à leurs échecs, à leurs angoisses. A tout ce qui fait qu’un jour, peut-être, ils baisseront les bras et se laisseront couler dans la passivité, ou dans le désespoir. Car il ne faut pas se voiler la face : même si on a fait des progrès (médicaux) extraordinaires depuis l’asile (et les entonnoirs sur la tête), on n’est pas encore très loin dans l’idée d’une acceptation sociale valorisante et respectueuse des personnes aux prises avec la maladie mentale.

Note d'intention de Karin Ronda - Extrait du dossier de presse

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  • joffreym au sujet de : Salaam Isfahan

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    Un dispositif inventif qui nous fait découvrir Isaphan par ses habitants.