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Interview de Nabil Ben Yadir

Introducton

A l'occasion du 11ème Festival Cinéma Méditerranéen de Bruxelles, qui s'est tenu du 5 au 13 novembre dernier au Botanique, le sympathique réalisateur des Barons et de Sortie de clown a accepté de répondre à nos questions. Au programme: sa vision du cinéma belge, ses goûts, ses envies et ses projets.

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Comment s’est passé cette semaine au festival Cinéma Méditerranéen ?

Très bien. J’ai vu des films que je n’aurais pas pu voir autrement. Et puis, il y a des liens qui se créent avec les autres membres du jury. Car on est tous dans la même situation, de devoir regarder dix films d’un coup. On se sent lié, on a la même semaine.

Vous étiez également dans le jury du dernier BIFFF. Qu’est-ce qui vous motive dans cette fonction de membre du jury ?

Ce n’est pas forcément quelque chose qui me motive mais c’est un honneur. Ce n’est pas moi qui m’impose, ce sont les gens qui m’appellent. Ça me permet de rencontrer des gens, comme Takashi Shimizu ou Dee Wallace au BIFFF. Et surtout, ce qui m’intéresse, c’est le débat sur le cinéma. Que va-t-on primer ? On voit toutes les mouvances, toutes les tendances. On se retrouve devant des types de cinéma différents du nôtre et on peut défendre ses idées. C’est super intéressant.

Vous qui êtes autodidacte, comment vous positionnez-vous par rapport aux autres membres du jury qui n’ont pas le même parcours que vous ?

C’est une question que je ne me pose pas. A partir du moment où tu es dans un jury avec eux, tu es à égalité avec eux. Ce qui importe, c’est le cinéma, peu importe si tu es rentré par la porte officielle ou par la sortie de secours. Même face à des gens comme Claude Brasseur, Samir Guesmi ou Arta Dobroshi – qui  sont dans ce jury avec moi –, ce n’est pas une question que je me pose.

Avec Les Barons, vous avez fait de Bruxelles un vrai décor de cinéma. Pensez-vous que la façon dont une ville est filmée est importante ?

Il est clair que ce film n’aurait pas pu se faire ailleurs qu’à Bruxelles. La ville prend une place très importante. Moi, je suis né à Bruxelles et je crois que j’y resterai. Bruxelles, telle qu’elle est montrée dans Les Barons, est la Bruxelles de tous les jours, pour moi. Peut-être que la manière dont on l’a filmée est différente de celle dont elle est montrée à la télévision ou dans d’autres types de cinéma. Mais beaucoup de réalisateurs viennent tourner à Bruxelles en faisant croire que c’est Paris. Ils vont à Ixelles et ils changent les plaques de rues et de voitures, parce que c’est moins cher. Moi, je pense qu’il faut revendiquer Bruxelles. Il ne faut pas se dire que le décor n’est pas important, que l’on pourrait tourner n’importe où. Pour moi, ce film n’aurait pas pu se tourner autre part. Bruxelles est un des personnages principaux du film.

Pensez-vous que c’est également un des rôles du cinéma d’embellir la vie quotidienne ?

Embellir, non. Embellir une ville, c’est le rôle de l’office du tourisme. Je ne pense pas que je l’ai embellie. J’ai montré une réalité. Si j’avais voulu l’embellir, j’aurais montré l’avenue Louise, l’Atomium ou la Grand Place. Mais j’avais juste envie de montrer une ville et d’y raconter une histoire. Le but est d’être honnête vis-à-vis de l’histoire qu’on raconte. Si maintenant, je veux faire un film de genre, avec des vampires dans le métro bruxellois et qu’il faut enlaidir Bruxelles, j’y vais. Je ne fais pas du documentaire, ni Télétourisme. (Rires)

Est-ce que vous avez envie de continuer à filmer Bruxelles et la Belgique, ou avez-vous aussi envie de filmer d’autres villes, d’autres pays ?

J’ai envie de filmer. Je vais encore filmer la Belgique, car j’ai plein de choses à dire, et la meilleure façon de se faire entendre est de les raconter. D’autre part, j’ai des projets à l’étranger. J’ai des choses à faire ici en attendant mais il y a des choses qui se préparent à l’étranger.

Est-ce que vous avez envie, dans l’avenir, d’explorer l’aspect plus sombre, que l’on peut déceler de manière sous-jacente dans Les Barons ?

Oui, entre autres. Je n’ai pas envie de me répéter, donc j’ai envie d’essayer plein de choses. Aller vers quelque chose de plus sombre, puis revenir vers la comédie…. J’ai envie de m’amuser.

Est-ce que vous avez aussi l’ambition de changer l’image du cinéma belge, qui est peut-être un peu austère, tout en gardant l’ancrage social ?

Non, je n’ai pas du tout cette prétention de changer l’image du cinéma belge, même s’il y a cette pression qui arrive de nulle part. J’ai envie de faire mon cinéma au sein du cinéma belge, mais je n’ai pas envie de le changer. Le cinéma des frères Dardenne, par exemple, existe. C’est un cinéma fort. Ils ont mis en place une narration bien à eux. Il y a aussi les films de Bouli Lanners…. Moi, je veux juste apporter ma pierre à l’édifice et montrer qu’un autre cinéma est possible, mais je ne veux rien changer. Je vais m’attirer les foudres de tout le monde, si je dis ça (Rires). Je fais juste mon cinéma à moi, et si les gens le prennent, tant mieux. Mais il n’y a pas que des films sociaux dans le cinéma belge. Il y a Petites Misères de Philippe Boon et Laurent Brandenbourger. Il y a les films de Fabrice du Welz, qui sont des films de genre. Les gens ont tendance à oublier ces films-là. Avant Les Barons, l’image du cinéma belge était un peu caricaturée. Ce qui est important, c’est d’amener les gens à aller voir des films belges. Mettez-vous dans la peau d’un jeune qui va payer 9 euros pour voir un film. D’un  côté, il y a un film social, qu’il soit belge, anglais ou autre, et de l’autre un film américains avec des rebondissements et des effets spéciaux. Pour le même prix, que croyez-vous qu’il va choisir ? Pour intéresser les jeunes au cinéma d’art et essai, il faut peut être d’abord les habituer à voir des films belges, faire passer ces films dans des grands complexes cinématographiques. Il y a tout un travail d’éducation et d’accès à la culture qui est à faire à ce niveau-là. Il faut peut-être aussi rendre les prix plus accessibles. En tout cas, ce qui est important, c’est que les gens viennent au cinéma, qu’ils soient au courant quand il y a un film belge qui sort. Quand un film belge sort, c’est annoncé dans Le Soir ou dans la Libre Belgique, mais les jeunes ne lisent pas ces journaux. Ils sont sur Facebook ou ils sont dehors. Il faut donc peut-être un peu rediriger la communication sur le cinéma belge.

Vous parliez du choix qu’on a de voir tel ou tel film quand on va au cinéma. Vous, qu’aimez-vous voir au cinéma ?

Tout dépend des périodes. Je regarde beaucoup de films américains, beaucoup de films européens…. J’essaye de voir tous les films belges, et même s’il y a un film belge qui ne me donne pas spécialement envie, je vais acheter un ticket pour ce film belge et en voir un autre, juste pour faire tourner ce cinéma. Mais je pense qu’il est important de voir un maximum de films européens. On y apprend plus, tandis que les films américains, c’est du pur « entertainment », avec des stars et des formules. Moi, je suis un consommateur, je suis un enfant de la VHS, donc je regarde un peu de tout, que ce soit au cinéma ou chez moi.

Quelles sont vos influences dans l’écriture et dans la réalisation ?

Il y a plein de choses. J’essaye de me baser sur ma vie, d’imaginer des choses par moi-même. En matière de cinéma, je suis un grand fan de Gérard Oury, des films de Bollwood…. Je suis curieux de tout. Maintenant, je ne veux pas non plus refaire un film de Gérard Oury. Mais je suis un fan des comédies populaires, qu’on peut voir en famille. Sinon, il y a les films de Martin Scorsese, bien sûr. Mais j’ai découvert ces films là beaucoup plus tard. Mean Streets, par exemple, je ne l’ai découvert que quand j’avais vingt-cinq ans. Je regarde ces films, ou ceux de Sidney Lumet, comme un cinéphile qui prend du bon temps.

Quels sont vos projets, pour la suite ?

J’ai plusieurs projets. Je vais faire un film en Belgique, avec Jan Decleir, et j’ai aussi un projet avec Djamel Bensallah, le producteur de Neuilly, sa mère.

Et en tant que comédien ?

Il y a beaucoup de choses que je n’ai pas faites parce que j’étais occupé. Il y a bien un projet un peu fou, mais c’est compliqué. En tout cas, tout ça, ce n’est que le fruit de rencontres.

 

Propos recueillis par Thibaut Grégoire pour UniversCiné

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  • joffreym au sujet de : Salaam Isfahan

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