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Interview d'Olivier Gourmet pour "L'exercice de l'État"

Introducton

Dans L'exercice de l'État, Olivier Gourmet campe le ministre des transports français, un rôle qui va lui faire franchir un nouveau cap dans sa déjà longue et riche carrière. Affirmons-le sans détour : avec ce film, Olivier Gourmet entre définitivement dans la cour des grands. Il était déjà un des meilleurs acteurs européens de sa génération, le voilà maintenant propulsé au devant de la scène grâce à un personnage qu'il porte corps et âme. Le cinéma francophone s'est trouvé le plus beau des ambassadeurs; l'histoire du cinéma, elle, attend la suite des aventures de celui qu'on considérera, dans quelques années, comme un monstre sacré.

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Quelle a été votre première impression à la lecture du scénario ?

Impressionné. Le scénario était très bien construit, détaillé, précis. Il traite, comme l’indique assez bien le titre du film, de L’exercice de l’État. Qu’est-ce qu’être ministre ? Qu’est-ce qu’exercer le pouvoir ? L’aspect humain est prédominant. Pierre m’a annoncé la couleur directement en me disant que ce serait un film sur les hommes qui font de la politique, et sur la difficulté de cette pratique. A la lecture du scénario, j’ai immédiatement ressenti les émotions et les ressorts humains de l’histoire. Mais il insistait aussi sur les coulisses du pouvoir, sur tout ce qu’on ne connait pas. Pierre voulait qu’on plonge dans une ruche pour voir ce qu’il s’y passe : l’intensité du travail, les tensions entre les ministres, etc. Tout cela est dépeint de manière très cinématographique.

Pensez-vous qu’il s’agit d’un film unique en son genre ?

Tout à fait. C’est un vrai film de cinéma qui a pour sujet la politique. Il y a du suspense, de l’émotion, en somme tous ce que le spectateur cherche quand il se rend au cinéma. C’est assez inhabituel pour un film dont le sujet est la vie des hommes politiques. Il me paraît ainsi plutôt unique dans le cinéma français actuel.

Le personnage vous-a-t-il inspiré directement ?

Il est difficile de dire ça car il subsiste toujours une part d’inconnu dans l’approche d’un rôle. L’écriture des personnages a été essentielle pour Pierre. Il a beaucoup observé. Il s’est par exemple rendu dans plusieurs cabinets de ministre, dans les tribunaux, dans les communes, etc. J’ai ensuite endossé le costume d’un ministre. Pour préparer mon rôle, j’ai exactement suivi le quotidien de la fonction. Je partais le matin pour aller à l’assemblée, je parlais avec mes conseillers ou j’assistais à des réunions. Ces gens ont une charge de travail et une pression absolument incroyables. Ils sont 24h sur 24 au service de l’État, avec peu de temps libre, sans vraiment de loisirs, et le tout pour un salaire moyen ! Ce fut difficile de construire ce personnage. En même temps, L'exercice de l’État est un film politique, un film sur la parole, le dialogue. Il ne fallait pas qu'il soit didactique et pesant. Le public doit avoir envie de venir. Et je crois que Pierre a parfaitement relevé ce défi.  

Quelle a été la chose la plus difficile pour vous à réaliser ?

La réalisation d’un film est toujours une épreuve. Un plateau de cinéma ressemble à un orchestre : il faut du rythme, de la légèreté, du souffle. Chaque participant a sa façon de jouer et son rôle à remplir. Il faut harmoniser cet ensemble pour que la musique sonne juste. Les acteurs entre eux doivent apprendre à se connaître et à trouver leur rythme.

Dans cette optique, comment s’est déroulé votre travail avec Michel Blanc ?

Très bien. Michel est quelqu’un de roué au métier, à la comédie, au partenaire. Il vient du théâtre et donc connaît bien les trucs pour créer des relations entre les personnages. Au Splendid, par exemple, on voit bien que tous les comédiens s’écoutent et créent ensemble. Sur le plateau, Michel vous entraîne dans son univers. Et moi j’aime bien ce type de relation. Car bien que chaque scène soit écrite, il faut toujours trouver une harmonie avec ses partenaires. Parfois, certains acteurs débarquent sur le plateau avec leur rôle préparé à l’avance, sans tenir compte des interactions. C’est toujours un flop. L’écoute est primordiale, elle doit de développer dans l’instant. Michel travaille beaucoup de cette manière.

Quelle est la scène que vous avez préféré tourner ?

J’aime beaucoup la scène de l’enterrement. Elle était très difficile à mettre en scène et à inclure dans le fil de l’histoire. Le curé parle, les chants sardes résonnent et le ministre est confronté à lui-même. Cette scène m’a beaucoup ému. Sinon, en terme de pur plaisir, j’aime aussi toutes les scènes dites « populaires », comme celles avec le chauffeur dans sa caravane. Tous ces moments où mon personnage s’éloigne de son quotidien me paraissent très réussis.

A propos de votre chauffeur, comment comprenez-vous l’appropriation que fait votre personnage de cette relation ? N’y a-t-il pas une forme cynisme ?

Pierre n’avait pas l’intention d’amener le spectateur dans le cynisme. Il y a, au départ du projet, une analyse sociologique et une compréhension de l’exercice de la politique. Aujourd’hui, la politique n’est plus seulement l’affaire des ministres. Elle s’étend à l’argent, à la mondialisation, à la privatisation. Les plus riches détiennent le pouvoir. Je crois qu’il s’agit d’un constat plutôt que d’un cynisme. Le spectateur peut avoir ce sentiment, mais ce n’est pas nous qui l’amenons. Des gens m’ont dit que le film leur avait redonné espoir. Et je suis assez d’accord car mon personnage vit pour son travail et donne le meilleur de lui-même pour répondre aux exigences qu’on lui impose. Le cynisme est sans doute présent, je l’accorde, mais c’est parce que le milieu est lui-même cynique.

Est-ce qu’il y a une urgence à remettre la politique au centre du cinéma ?

Oui, on le voit avec Pater et La Conquète, et ce n’est pas anodin. Un véritable retour à la question politique occupe les intentions de ces trois films. Il est temps de remettre le citoyen au cœur du débat. C’est notre avenir à tous. Aujourd’hui, la participation citoyenne n’existe plus. Est-ce que le cinéma peut remplacer les places publiques d’autrefois ? C’est fort possible. On a l’impression que tout ça ne nous concerne plus. Les gens sont au service de la société qui vampirise tout.

Est-ce que vous suivez la politique française ? Quel est votre avis sur les modes de représentation actuels que se donne le monde politique ?

Le téléspectateur est trop submergé par un déferlement incessant d’images « extraordinaires ». On dirait que seul compte le fait divers, l’exceptionnel. Le revers de la médaille c’est que plus aucun débat de fond n’a lieu. Il n’y a plus de transmission entre les médias et le citoyen. Les débats m’intéressent beaucoup, mais il est difficile d’aller au-delà de la guerre des slogans qui ne laisse aucune place à la réalité du citoyen.

Oui, seul compte le règne absolu et auto-congratulé de la politique.

La politique ne se tourne plus vers le peuple. Elle ne le prend plus du tout en considération. Il n’y a plus que des hommes qui se battent à coup de slogans politiques. Comment pourrions-nous faire un choix ? Quel est le plus convaincant ? C’est comme choisir une poudre à lessiver. On en est arrivé là…

Quels sont vos projets ?

Encore un film politique, mais cette fois-ci sur le ton de la comédie. Le sujet sera la campagne présidentielle. Ce sera réalisé par Michel Muller, bien connu sur Canal +.

Est-ce un hasard si le film est politique ?

Non. En vieillissant, je m’intéresse de plus en plus à la politique. Par contre, quand j’avais 20 ans, c’était la dernière de mes préoccupations (rires) !

Pensez-vous qu’il manque ce genre de film en Belgique, surtout dans la situation actuelle ?

Peut-être, oui, je ne sais pas. Il y a beaucoup de films interpellants en Belgique, des films qui parlent de ce sujet sans en donner l'impression. On a la chance d’avoir des réalisateurs qui ont un univers. Par contre, le problème vient plutôt des spectateurs qui ne vont pas facilement voir un certain cinéma. Encore une fois c’est lié aux autorités médiatiques, politiques et culturelles qui n’ont pas toujours trouvé un intérêt dans la production de ce type de film. La vente d’espace publicitaire et la production de programmes en première partie de soirée ont toujours eu le dessus.

Le spectateur a été pris d’emblée pour un imbécile. Le but de ces programmes est de vider son cerveau pour qu’il se concentre sur la publicité. On ne lui demande rien d’autre. Pour le dire autrement, pendant des années, le spectateur a été enfermé dans une cave. Et le pire, c’est qu’on lui a appris à se conforter dans cette posture. Dès lors, tout ce qui est différent, tout ce qui n’entre pas dans ce moule, il va le rejeter. Petit à petit, très lentement, l’idée de diversité culturelle s’est imposée. C’est pourquoi le spectateur belge ne va pas voir les films belges. Il est trop conditionné.

Pourtant, les choses changent, plusieurs films d’auteur (Une séparation, La guerre est déclarée, Habemus Papam, Le gamin au vélo) connaissent un succès retentissant. Et Les géants a tout en main pour réaliser un beau succès…

Tant mieux si l’engouement se produit. Les films belges sont terriblement singuliers. Cette diversité est riche et on doit la promouvoir le mieux possible. C’est une très bonne nouvelle si cet engouement du spectateur pour la différence se poursuit. L’avenir nous le dira !

Propos recueillis par Guillaume Richard

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  • joffreym au sujet de : Salaam Isfahan

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