articles

Entretien avec Lucas Belvaux à propos de "Nature contre nature"

Introducton

De 1998 à 2003, Lucas Belvaux a consacré cinq ans à la réalisation d’un projet jusque là inédit dans le cinéma : trois films mettant en scène les mêmes protagonistes, dans trois histoires différentes qui s’entremêlent, et sur trois modes narratifs, - le mélo, la comédie, le thriller - , radicalement différents. Sortie début 2003, cette triologie, Un couple épatant, Cavale, Après la vie, a connu un accueil critique enthousiaste, un succès public estimable, et a reçu de nombreux prix : César du montage, Prix Delluc, Prix du Syndicat de la Critique français, Prix de l’Association Professionnelle de la Presse cinéma de Belgique… Après une aventure aussi peu banale, il s’est offer une récréation avec Nature contre nature, un téléfilm frondeur écrit avec Jean-Luc Gaget et coproduit par Agat Films (France) et entre Chien et Loup (Belgique), déjà partenaires pour la trilogie. Nous l’avions rencontré sur ce tournage en Creuse, en juin 2004.

articles

« Nature contre nature » raconte les aventures d’un psychanalyste de la ville venu s’installer à la campagne. Rapidement, il s’aperçoit qu’une bonne partie de l’économie du village où il s’est installé repose sur un système de troc : plutôt que de payer en argent sonnant et trébuchant, on échange bien et services contre d’autres biens et services : un cours d’anglais contre un lapin, un entretien automobile contre un panier de légumes… et une séance de psychanalyse contre quelques poules. Cela s’appelle un S.E.L (Système d’échange local) et c’est une invention écossaise. Il en existe plusieurs qui fonctionnent tout a fait efficacement en France, principalement dans des zones rurales. Notre psychanalyste perçoit assez rapidement les avantages de la chose. Mais les institutions officielles qui régissent le cadre de sa profession et l’inspection du travail ne l’entendent pas de cette oreille.

Pourquoi, après un projet aussi ambitieux que la trilogie, avez-vous enchaîné avec un téléfilm ?

Je voulais tourner vite, passer l’éponge et de repartir ensuite sans angoisse sur un nouveau projet pour le cinéma. Je voulais un projet relativement peu important, où la notion d’ego était moins évidente. Patrick Sobelman, qui avait produit la Trilogie pour Agat Films, m’a proposé ce scénario de Jean-Luc Gaget, que nous avons retravaillé ensemble. C’est une histoire pour la télé, un film moins prestigieux sur le papier ; a priori, il y a moins d’enjeu, on en attend moins. Il est vraiment fait pour les petits écrans et je n’ai pas du tout envie de batailler pour qu’il sorte en salle. Je ne voulais pas être prisonnier de la Trilogie. C’est une manière de m’en libérer, de revenir à quelque chose de plus normal, de plus modeste. Je me dis que, maintenant, on va m’attendre au tournant. Peut-être qu’on m’attendra moins avec ce téléfilm.

Comment avez-vous reçu le scénario de Nature contre nature ?

Le scénario m’est arrivé pendant le tournage de la Trilogie. C’est Patrick Sobelman qui m’en a parlé. Je ne connaissais pas Jean-Luc Gaget qui en est l’auteur. A l’origine, ce film devait appartenir à collection aléatoire inspirée par un très beau téléfilm de Robert Guédiguian, L’argent fait le bonheur. Ce film parlait du rapport à l’argent dans une cité de Marseille, aujourd’hui. Laurence Bachmann, qui avait produit ce film pour France 2, avait dit a Guédiguian, qui est aussi producteur au sein d’Agat Films : « pourquoi ne referions nous pas des films comme celui-là ? Il n’y a pas que ARTE qui a pour mission de faire des fictions télé intelligentes ». Ils ont élaboré une règle du jeu pour une future collection : il fallait que les films soient des comédies, qu’elles se déroulent en province, et qu’on y parle d’argent. Agat films a lancé un d’appel d’offre à des réalisateurs pour recevoir des sujets qui correspondaient à ces trois critères. Ils en ont reçu quelques-uns, dont Nature contre nature, qui se déroule en Creuse. Comme Paztrick Sobelman savait que j’avais des attaches avec la Creuse, il m’a demandé de le lire et l’idée m’a plu.

Vous semblez avoir pris un immense plaisir sur ce film. Pourtant, quand on parle de téléfilm, on imagine beaucoup de contraintes…

En fait, on est assez libre. On n’est pas vraiment dans un film formaté pour la télé. C’était le deal que nous avions convenu avec France 3. Cela ne doit pas rentrer dans une case : pas de cahier des charges, pas de héros récurrent… Et puis, l’équipe est rodée, il y a quand même pas mal de gens qui ont travaillé sur la trilogie. Les gens travaillent facilement ensemble ; Ca va vite et plus un tournage roule, plus je suis libre, plus c’est facile. C’est assez amusant. On a la liberté d’essayer des plans en se disant que peut-être on les supprimera au montage. C’est un tournage très chaleureux et détendu, ce que n’était pas la Trilogie, que j’ai vécue comme une longue bagarre. Avec Pierre Milon, le chef opérateur des trois films, on a vécu le tournage à la fois comme quelque chose de passionnant, de jouissif, d’extraordinaire, et en même temps comme une expérience fatiguante, une bagarre de chaque minute. C’est très difficile de tourner un aussi longtemps avec un budget aussi réduit. C’est comme courir un marathon au rythme d’un sprint. Le problème des films sous-financés, c’est qu’il faut respecter des échéances très courtes. Quand on commence une journée, il n’était pas possible de s’offrir des retards. A un moment donné, avec Pierre, on a enchaîné trois semaines sans prendre de repos !

Pierre Duculot pour UniversCiné

Inscrivez-vous à la newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter

A la une

Restez connectés sur UniversCine Belgium

Top

Top des ventes

Communauté

Faites votre cinéma

  • joffreym au sujet de : Salaam Isfahan

      0/10

    Un dispositif inventif qui nous fait découvrir Isaphan par ses habitants.