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Anne Feuillère (Cinergie) - Dans la nuit du tombeau : "Bunker Paradise" de Stefan Liberski

Introducton

"Bunker Paradise" de Stefan Liberski sort en octobre et fait événement. Le film aborde de plein fouet l’idéal social de notre temps; la jouissance à tout prix des objets à consommer, le plaisir de leur accumulation, la répétition plutôt que la différence. Avoir plutôt qu’être, pour paraphraser un psychanalyste célèbre, est le "must" d'une génération "fashion", nourrie au capitalisme et qui ne possède que ce qui est à vendre. Anne Feuillère vous présente le film. Nous avons, par ailleurs, interrogé Stefan Liberski sur le premier long métrage qu’il vient de réaliser. Ce n’est son premier film, plusieurs DVD dont nous vous parlons reprennent les courts et micros films qu’il a réalisés auparavant. Enfin, nous vous présentons « Le Parfum de la dame en noir » de Bruno Podalydès, un film dans lequel vous pourrez retrouver Olivier Gourmet.

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Sur les rythmes d'une musique comme un long et laconique battement de cœur, le Bunker est plongé dans une longue nuit qui n'en finit pas, une fête morne et enténébrée qui doit durer plusieurs jours sans jamais s'arrêter. La lumière de l'extérieur, blanche et vitreuse, vient de temps à autre transpercer les rideaux ou éblouir ceux qui s'aventurent dehors, hébétés et blafards, vampires sur le point de se dissoudre dans un jour trop cru. Dans ce lieu entre ville et forêt, à la limite du rêve, un beau jeune homme (Vincent Vincentelli) qui étudie la comédie mais vit des revenus de son taxi, vient se perdre, par un hasard assez sombre. Là, ce Roméo tombe amoureux d'une Juliette (Audrey Marnay) au sourire un peu cruel, la fiancée du propriétaire des lieux (Jean-Paul Rouve, tel qu'on ne l'avait jamais vu – possédé et superbe), châtelain qui orchestre un divertissement stérile et dépressif dans un espace atemporel, où tous flottent, filmés par une steadycam lascive. Flanqué de son fidèle bouffon (Bouli Lanners, pathétique et magnifique) dont il se rit, John Deveau régente ces jeunes nantis désabusés et ennuyés qu'il fascine parce qu'il ne craint rien ni personne et peut tout dire, qu'il soumet au moindre de ses désirs et terrorise par ses éclats. Ce beau Mimmo (qu'il nomme Momo), fasciné à son tour, sera lui aussi aspiré par ce Prince des ténèbres. Jusqu'au retournement final, une magnifique partie de chasse enneigée.

Si Stefan Liberski filme l'idéal de notre société moderne, une richesse qui ne sait plus quoi acheter, et l'autre de cette classe sociale emportée par ses aspirations (l'impossibilité d'arriver à compter ses piscines), Bunker Paradise n'est pas la description minutieuse d'une lutte des classes, mais plutôt un conte, atemporel et onirique, une fable, une parabole. Ce châtelain et son bouffon, ce Roméo et cette Juliette filmée à son balcon, donnent au film son arrière texte shakespearien. Alice vaguement innocente, Mimmo est passé de l'autre côté du miroir, dans le pays merveilleux et cruel des enfants gâtés. John Deveau est une figure romantique et sombre à la Nerval, le "Desdichiado" (littéralement "le déshérité"), qui parle et gesticule sur une scène où il rejoue encore et encore sa propre chute. Derrière Deveau, tranchant comme l'acier, un père, qui a acheté le silence et la disparition de son fils, réinvente dans la nuit des morts vivants le mythe moderne de Dracula. En contrepoint lumineux à cette traversée de la nuit, les déambulations d'un enfant au Japon trouent le récit à intervalles réguliers et résonnent comme une ancienne ballade de troubadour.

Retrouvez cet article sur le site de www.cinergie.be

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  • joffreym au sujet de : Salaam Isfahan

      0/10

    Un dispositif inventif qui nous fait découvrir Isaphan par ses habitants.