"Fay Grim" de Hal Hartley
Introducton
Fay Grim (hallucinante et magnétique Parker Posey) tente d’élever son adolescent de fils (Ned) qui passe dans son école pour un pervers sexuel depuis qu’il est entré en possession d’une espèce de moulin à images reçu par la Poste et dont le défilé – qu’on ne verra jamais à l’écran - semble à la fois pornographique et mystérieux.
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Le « grand gamin », plutôt génie qui s‘ennuie sur les bancs de l’école que graine de délinquant, peut invoquer un lourd passif familial pour sa décharge. Un père accusé de meurtre et évaporé dans la nature dans des circonstances non élucidées (dernier apparition : un terminal aéroportuaire) et un oncle (le frère de Fay) incarcéré pour avoir couvert sa fuite. Mais voilà, le paternel, Henry, n’était pas seulement le poète écrivain qu’il prétendait être mais aussi et surtout une espèce de super espion qui a mis son petit grain de sel dans à peu près tous les récents foyers d’agitation politique majeurs du globe. Fay l’apprend de la bouche d’agents de la CIA (dont l’un campé par Jeff Goldblum) qui s’intéressent à des carnets considérés jusqu’à là par Fay et son éditeur comme une sorte d’œuvre littéraire en chantier, demeurée inachevée par la force des choses. Et la spirale des évènements de prendre une tournure folle en ajoutant services spéciaux israéliens et français mais aussi quelques corpuscules terroristes islamiques non-identifiés et une hôtesse de l’air prête à tout sacrifier par amour (Elina Löwensohn, fidèle d’Hartley) à sa course infernale qui conduit Fay de New York à Istanbul en passant par Paris. Jouant le jeu de la collaboration dans le but de réunir les siens (elle négocie au préalable la libération de son frangin) et de revoir son toujours aimé Henry, elle se glissera un moment dans l’inconfortable peau du chien dans un jeu de quilles avant de (presque) bluffer tout son monde !
Autrefois chouchou (fin 80, début 90) des critiques avec un bouquet de films (The Unbelievable Truth, Trust, Simple Man) qui étonnent encore aujourd’hui par leur doux déphasage au réel, Hal Hartley a cruellement fait les frais de son manque de renouvellement artistique et de l’inévitable tour de manivelle des styles et auteurs du moment. Il s’est d’abord heurté à une lente suspicion - à l’encontre de ses films suivants tels Amateur (avec Isabelle Huppert), The Book of Life (sa contribution à la série 2000 vu par… avec PJ Harvey au générique) – avant de sombrer dans une disgrâce injustifiée en regards de l’avalanche de navets qui se succèdent sans discontinuer sur les écrans et qui rend ses derniers films invisibles (ou tout comme) en Europe (No Such Thing, The Girl From Monday…).
Et aussi ce Fay Grim sorti sous le manteau en 2006 et qui peut être considéré comme une spin-off d’Henry Fool sorti presque dix ans plus tôt, mais avec cette fois la « bru » d’Henry (l’acteur Thomas Jay Ryan) pour personnage principal. Et c’est peu dire que Fay Grim, alias Parker Posey crève l’écran tant sa beauté, son charme et son énergie font regretter que le cinéma mainstream ait si peu recours à ses services. Au cours du film, cette bonne poire dont on ne sait pas trop le métier et qui semble vivre dans un appartement en réfection ( ?), est utilisée sans beaucoup d’égards comme un séduisant appât, se mue en cours de route en joueur à part entière d’une partie de poker menteur pour espions versatiles (les alliances se font et se défont tout naturellement), et se garde bien d’abattre l’ultime carte à sa disposition où de donner quelques indications sur sa stratégie. D’ailleurs, les règles et les rôles exacts des intervenants du jeu demeurent confus et emmêlés jusqu’à la fin et l’on devine le plaisir jubilatoire du cinéaste américain à balader les spectateurs entre des continents où tous les hôtels se ressemblent et les espions, taillés dans le même bois, manqueraient un éléphant dans un couloir ! Comme si Hal Hartley s’amusait à prendre le contre-pied de ses premiers films aux scénarios épurés mais aboutis pour des histoires compliquées à souhait dont il se fiche un peu du degré de vraisemblance (la figure tristounette du fou de Dieu). De même, en recourant à des caméras de type HD et en filmant curieusement ses personnages de biais ou carrément à l’oblique, il rompt avec le statisme évanescent caractéristique de son cinéma. Cinéma dont il a singulièrement accéléré le tempo mais heureusement préservé le comique pince-sans-rire et situationnel qui l’aère et l’identifie au premier regard.
On ne cherchera pas dans Fay Grim quelques indices à propos de la vision de son auteur sur l’époque actuelle ou de propre son rapport au cinéma dans un monde marqué par l’hyper-communication, mais comme une tentative amusée et pas si banale d’un cinéaste au bord de l’oubli de secouer le cocotier de ses propres certitudes cinématographiques en revenant à la question essentielle : comment filmer l’objet de son désir : ici Fay Parker Posey Grim, magnifique.
A revoir en salles, un jour ?
Yannick Hustache (La Médiathèque)























joffreym au sujet de : Salaam Isfahan
Un dispositif inventif qui nous fait découvrir Isaphan par ses habitants.