articles

"Broken English" de Zoe Cassavetes

Introducton

Aborder la réalisatrice en se basant sur ses antécédents familiaux (prestigieux : le père et la mère ; moins prestigieux : le frère) serait tout aussi trompeur que de définir le film en fonction du genre auquel il semble se rattacher. C’est qu’entre le cinéma de Zoe et celui de John ou de Nick Cassavetes, il y a aussi peu d’affinités qu’il n’y a de similitudes entre Broken english et une comédie romantique, même si, deux à deux, ils sont évidemment apparentés. Arbres généalogiques faussaires.



articles

En prenant les choses sous un angle tout aussi régressif, on pourrait dire que le point de départ de Zoe n’est pas la « méthode » paternelle avec son jeu intense fondé sur l’improvisation et la liberté de mouvements, mais plutôt les sitcoms dont elle se régalait petite fille, c’est-à-dire exactement le contraire : des pièces ultra-formatées se déroulant à huis-clos.

Mais le sitcom (ou, si l’on veut, sa grande sœur filmesque, la comédie romantique) n’est ici qu’une anamorphose : il faut fouiller le cadre pour la trouver, et là, quoique présente, elle paraît complètement déformée. Le parcours de Nora, l’(anti)héroïne de Broken english, retient de ce genre sirupeux ce qu’il faut pour en démontrer l’absurdité :  une jeune et jolie trentenaire collectionne les échecs amoureux et tombe dans la dépression. Problème de l’œuf et de la poule : qu’est-ce qui vient d’abord, la dépression ou la déception ? A nous de décider comment placer la cause et la conséquence. De toute manière, Nora (interprétée par Parker Posey, actrice branchée) est pathétique. Toute pleine de clichés et de contradictions, elle pratique la routine du pas en avant (le cliché : la rencontre amoureuse évidente, prédestinée), pas en arrière (la contradiction : c’est trop beau pour être vrai).

Donc, si le film est effectivement très formaté, très éloigné des fulgurances psycho-physiques du cinéma paternel, il n’en est pas moins à l’opposé d’un conte de fées moderne. Au lieu de mettre l’accent sur les problèmes de Nora pour les résoudre dans l’ordre et dans l’hygiène, et communiquer un message plein d’espoir, la réalisatrice laisse son héroïne se battre contre elle-même pour, en fin de compte, qu’elle continue (ou renonce) à se battre contre elle-même. Tout cela se fait quasiment sans la moindre ironie et avec très peu d’humour ou d’autodérision : on n’est pas non plus chez Woody Allen.

En dépit des ressemblances et affinités, Zoe Cassavetes signe un cinéma très personnel, avec une bonne dose de mouchoirs et d’anxiolytiques, porté de façon convaincante par une actrice qui suscite l’empathie en ne communiquant que du désespoir. A nous ensuite, par réaction, de faire la critique de la critique : l’amour n’est sans doute pas facile, mais il n’est certainement pas aussi divisé que dans la tête de Nora. De fait, en regardant Broken english on est moins pris du désir que ça s’arrange que de l’envie irrépressible de secouer l’héroïne (quitte à ce que ça ne s’arrange pas). Et après tout, pourquoi pas ? Retour en catharsis par les chemins de traverses, le cinéma n’est pas là pour résoudre le problème mais pour poser correctement la question. A coup sûr, derrière Nora, quantités de trentenaires peuvent se reconnaître.

Catherine De Poortere (La Médiathèque)



Inscrivez-vous à la newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter

A la une

Restez connectés sur UniversCine Belgium

Top

Top des ventes

Communauté

Faites votre cinéma

  • joffreym au sujet de : Salaam Isfahan

      0/10

    Un dispositif inventif qui nous fait découvrir Isaphan par ses habitants.